Erick Surcouf, chercheur de trésors engloutis

Chez les Surcouf, on connaissait surtout Robert, le "roi des corsaires", qui a écrit sur les mers du monde quelques pages de l'Histoire de France. Deux siècles plus tard, nous....

Dernière mise à jour : 12/12/2012 à 15:45

Chez les Surcouf, on connaissait surtout Robert, le “roi des corsaires”, qui a écrit sur les mers du monde quelques pages de l’Histoire de France. Deux siècles plus tard, nous avons fait connaissance d’Erick, son arrière-arrière-arrière petit neveu. Aventurier, intrépide et chasseur de trésors comme son illustre aïeul. Depuis trente ans, il traque les épaves englouties des galions espagnols, portugais ou hollandais aux soutes chargées d’Histoire… et de trésors au fond de l’océan. Interview.

Masque funéraire en or d'agamemnon.
Masque funéraire en or d'agamemnon.

Quel est votre lien de parenté avec Robert Surcouf ?
Je suis son arrière-arrière-arrière petit-neveu. Les parents de Robert Surcouf ont eu quatre fils. Robert, bien entendu, dont la lignée s’est éteinte en 1985, du moins en ce qui concerne le nom Surcouf. Charles et Nicolas qui n’ont pas eu de descendance. Et enfin Noël, le plus jeune, dont je descends directement.
C’est cette filiation qui vous a donné le goût de l’aventure ?
Ça a fortement contribué. Durant toute ma jeunesse, j’ai été entouré de maquettes de bateaux d’époque, de tableaux, de gravures de scènes d’abordage et de dessins originaux de corsaires. Quand vous vivez au milieu de tout ça, jeune enfant, vous vous posez des questions. Pourquoi mon vieil oncle capturait-il des navires des compagnies des Indes anglaises ? Et que pouvaient bien transporter ces bateaux ? Et là, j’ai appris qu’il n’y avait pas que des épices et du thé dans leurs cargaisons, mais aussi de l’or et des pierres précieuses. Et quand vous êtes gamin, ça vous fascine de savoir ça. Surtout moi qui aimais la mer et qui faisais de la pêche sous-marine. Je me suis dit qu’un jour, j’essaierai de retrouver ces vestiges qui dorment sous l’eau. Que c’était ma vocation.
Avant d’écumer les mers comme votre aïeul, vous vous êtes surtout rendu célèbre comme publicitaire…
Je suis un autodidacte avant tout. J’ai fait plein de métiers. J’ai notamment été assistant de Bernard Tapie. Et puis, j’ai monté une agence de photographes et d’illustrateurs dans la publicité, qui est devenue, au bout de quelques années, la plus importante de France. Je réalisais un très gros chiffre d’affaires. Je vivais dans les paillettes, le champagne, les jolies filles, etc…
Et vous avez tout laissé tomber ?
J’avais accumulé pas mal d’argent. Je commençais à me lasser de cet environnement et de ce métier. J’ai ressenti l’envie de construire autre chose et de tirer un trait sur cette période. Et surtout, maintenant que j’avais de l’argent, je souhaitais revenir aux sources. Ça a été un virage à 180°. J’avais 32 ans. Et je m’apprêtais à vivre une passion extraordinaire, dévorante. Trente ans plus tard, la chasse au trésor est toujours une vraie drogue pour moi.
Et ça ressemble à quoi une chasse au trésor ?
Le grand public nous imagine plonger, bouteille sur le dos, sur une vieille épave en bois renfermant un coffre protégé par une pieuvre ! La réalité est très loin de l’image véhiculée par Hergé ou Jules Verne. Déjà, quand on plonge, il ne reste pratiquement rien des épaves en bois. Elles ont été rongées par le temps. Ce qu’on cherche, on le trouve dans la vase sur un fond de coque. Mais avant cette ultime étape, on commence par un gros travail de recherches. Des spécialistes qui savent traduire le vieux françois, l’anglois ou encore le vieil espagnol du XVIe siècle, épluchent à notre demande des archives souvent conservées dans des bibliothèques ou des monastères. Ces études sont très longues. Elles peuvent durer plusieurs mois.
Et ensuite ?
Une fois l’épave localisée, on prend contact avec le pays concerné. Certains, trop dangereux, sont à éviter. D’autres aussi, en raison d’une législation trop floue. On passe ensuite un contrat avec le gouvernement concerné. Généralement, c’est du 50-50. Moi, j’emmène tout : l’expertise, le savoir-faire, le matériel, les hommes. Et eux, l’autorisation d’explorer des épaves qui sommeillent dans leurs eaux. Il est toujours stipulé dans mes contrats que tout objet qui présente un intérêt unique sur le plan historique, culturel ou archéologique peut être préempté par ce pays. On ne pille rien. L’État garde ce qu’il veut.
Et vous, que deviennent « vos » trésors ?
On les vend d’abord aux musées, puis aux grandes collections privées, ensuite aux grandes maisons de ventes aux enchères et on termine par Internet.
Votre credo, ce sont les vieux galions qui empruntaient la route des Indes aux 16e, 17e et 18e siècles. Mais pensez-vous qu’il existe aussi des trésors le long des côtes françaises ?
Bien-sûr. Il y en a même beaucoup. Certains sont d’ailleurs découverts de temps en temps mais vous n’en entendrez pas parler. La France est le pays le plus pillé au monde au niveau de son patrimoine culturel sous-marin. C’est lamentable. Mais c’est de sa faute. Car ici, rien ne gratifie celui qui a fait la découverte. Tout revient à l’État français. Du coup, vous comprendrez que beaucoup de gens sont plutôt très discrets quand ils font des découvertes…
On vous imagine forcément fortuné…
J’arrive à très bien gagner ma vie. Mais si je m’étais consacré continuellement à cette passion depuis 30 ans, si j’avais fait que ça, je serai certainement multi-milliardaires aujourd’hui !
Combien d’épaves avez-vous trouvé en trente ans ?
Dix. Uniquement des galions espagnols, portugais ou hollandais.
Votre plus beau trésor découvert ?
On me pose toujours cette question… Mais c’est impossible d’y répondre. C’est un peu comme si on me demandait de choisir parmi mes enfants. Chacune de mes épaves est différente. Chacune avait sa propre histoire. Mais elles m’ont toutes donné une joie indescriptible. Personne ne peut imaginer ce qu’on peut ressentir quand on arrive sur une épave. C’est fantastique.
D’accord mais qu’avez-vous découvert de précieux ?
J’ai trouvé des porcelaines chinoises, de l’or, des bijoux, des coffres remplis de pièces, etc… Mais une fois de plus, je trouve le mot « trésor » galvaudé. J’ai, par exemple, trouvé la partie en bronze d’un compas qui appartenait au célèbre pirate John Bowen. Quand je le manie, je ressens quelque chose d’énorme. C’est ça mon trésor.
On imagine aussi que la vie de chercheur de trésor n’est pas toujours sans quelques sueurs froides dans certaines régions du globe…
Quand on mouillait dans le canal du Mozambique, je dormais tout le temps avec un 367 magnum sous l’oreiller. Et j’avais toujours un fusil à pompe dans ma cabine. Quand des pêcheurs s’approchaient, comme par hasard, on faisait des exercices de tir sur le pont… Histoire que leurs cousins pirates ne soient pas tentés de nous approcher à leur tour. La chasse aux trésors est une passion qui oblige à prendre quelques précautions…
Recueilli par Samuel SAUNEUF

Erick Surcouf remontant un plat Yuan.
Erick Surcouf remontant un plat Yuan.

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