Malade, un ancien salarié accuse la Timac

Agent de fabrication à la Timac pendant 24 ans, André Mian souffre aujourd’hui d’un cancer de l’estomac dû à l’inhalation de poussières de silice contenues dans le maërl....

Dernière mise à jour : 12/12/2012 à 15:45

Agent de fabrication à la Timac pendant 24 ans, André Mian souffre aujourd’hui d’un cancer de l’estomac dû à l’inhalation de poussières de silice contenues dans le maërl. Il a témoigné publiquement lors d’une réunion sur l’environnement organisée à Rothéneuf samedi 12 novembre.

Mise en page 1


La Timac et l’environnement. Voilà deux mots qui semblent incompatibles pour bon nombre de défenseurs de l’environnement qui montrent régulièrement du doigt ce spécialiste de l’engrais dont les entrepôts de stockage dominent le port de commerce.
La Timac et l’environnement. Un sujet « chaud » à Saint-Malo. Qui agace aussi bon nombre de garants d’une activité économique autre que touristique dans la cité corsaire et qui balaient d’un revers de main les sempiternelles rumeurs qui circulent au sujet de l’entreprise malouine.
« Que voulez-vous, on ne touche pas à la Timac », ironise pour sa part Véronique Michel, avocate au barreau de St-Malo, spécialisée notamment dans la réglementation des installations classées. « Quand je suis arrivée ici il y a quelques années, tous mes confrères m’ont pourtant dit qu’ils avaient eu, un jour, un dossier de cette société entre les mains. Mais qu’on en entendait jamais parler car ça se réglait dans la discrétion, devant les Prud’hommes, avec une clause de confidentialité…  »
Il faut croire que les temps changent. Ou que certains défenseurs de l’environnement, à l’image de cette avocate servannaise ou encore de la Malouine Nicole Dagorne, se sont montrés suffisamment persuasifs pour délier les langues. Ainsi, samedi dernier, à l’invitation de 3 associations*, deux anciens salariés de la Timac sont venus témoigner de problèmes de santé contractés alors qu’ils travaillaient dans l’une des usines malouines du groupe. Une première publiquement.
Du lait pour nous soulager
De ces deux témoignages, le cas d’André Mian est le plus dramatique. Cet homme, aujourd’hui âgé de 55 ans, a travaillé 24 ans à la Timac. « J’étais employé en tant qu’agent de fabrication granulateur, chargé de l’élaboration d’engrais à base de maërl à l’usine de la rue du Clos Noyer, dans la zone industrielle ». Un poste exposé « à des brouillards de produits chimiques », dit-il.
« On manipulait des matières premières ou des produits semi-finis dont on ne connaissait ni la composition, ni la nocivité, dénonce aujourd’hui André Mian. On ne portait pas de masques, on n’était pas protégé des poussières et des odeurs. La seule chose qu’on nous donnait, c’était du lait afin d’atténuer les effets de certains produits sur notre organisme. Ça nous soulageait ».
Parfois, il arrivait à André Mian de souffrir de « maux de ventre » ou de « saignements de nez » pendant sa journée de travail. Des symptômes que présentaient aussi certains de ses collègues, affirme-t-il.
35 kilos en moins
En août 2004, André Mian doit être opéré. Les médecins diagnostiquent un polype dégénéré de l’estomac. Autrement dit une tumeur maligne, cancéreuse. « On m’a retiré les deux tiers de mon estomac. J’ai souffert et je continue de souffrir ». Intolérance à plusieurs aliments, nausées, vomissements, douleurs abdominales, 35 kilos perdus ( !), médicaments en forte quantité…  « Je suis bien entendu plus faible physiquement. J’ai dû arrêter le football, la course à pied. Cette maladie a changé ma vie et celle de ma famille »
Aujourd’hui, André Mian va un peu mieux. « Mais je continue de souffrir. Je fatigue beaucoup. Il me reste un petit moignon à la place de l’estomac. Je ne peux pas manger ce que je veux. Et je dois prendre cinq à six petits repas par jour ».
André Mian ne travaille plus à la Timac. Il a été déclaré par le médecin du travail « inapte » au poste qu’il occupait à l’époque.
En 2006, il a surtout vu son cancer de l’estomac reconnu « maladie professionnelle » par le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) de Bretagne**. Celui-ci établit en effet « un rapport de causalité entre la maladie (de M. Mian) et l’inhalation de poussières de silice (un agent cancérogène) contenues dans le maërl ». Une (douloureuse) victoire pour André Mian qui se retourne alors contre son ancien employeur. Pour lui reprocher de « ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour assurer ma sécurité face à ces expositions nocives ».
Feuilleton juridique
Nous sommes alors fin 2006 et une longue bataille juridique se dessine devant le tribunal des Affaires sociales. D’un côté donc, André Mian, qui souhaite faire reconnaître « la faute inexcusable » de la Timac. De l’autre, ce fleuron du groupe Roullier qui conteste « le caractère professionnel » de la maladie de son ancien employé et souhaite voir un autre Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles étudier son cas.
Le jugement, rendu deux ans plus tard, déboute André Mian de ses demandes. Le tribunal ayant considéré que « la conscience d’un quelconque danger par l’employeur n’était pas démontrée » en raison notamment de l’état d’avance des connaissances scientifiques à l’époque. Et qu’il ne pouvait être reproché non plus à la société malouine « de ne pas avoir mis en œuvre des mesures visant à préserver l’intégrité physique de Mr Mian ».
En clair, la Timac ne peut donc être poursuivie pour « faute inexcusable »… mais pour autant elle ne peut contester non plus « le caractère professionnel de la maladie » déclarée par son ancien salarié.
Ce jugement a, depuis, été confirmé par un arrêt de la cour d’Appel rendu l’été dernier.
Une autre plainte ?
Aujourd’hui, la hache de guerre n’est pas enterrée pour autant. Un pourvoi en cassation est toujours possible***. Mais si le dossier de M. Mian venait à se refermer, d’autres pourraient lui succéder sur la place publique. « Par rapport à d’autres témoignages recueillis (ceux d’un grutier, d’un scaphandrier, etc…) une plainte pour mise en danger d’autrui est envisageable », poursuit Véronique Michel pour qui cette réunion publique organisée à Rothéneuf samedi dernier était aussi l’occasion « d’appeler toutes les personnes concernées à ne plus être silencieuses ».
Samuel SAUNEUF
* L’association malouine de sauvegarde du paysage et du patrimoine, Eau et rivières de Bretagne et l’Adicee de Dinard organisaient une conférence publique sur « le droit de vivre dans un environnement sain et équilibré » à la salle de quartier de Rothéneuf.

** La maladie d’André Mian n’étant pas désignée dans un tableau recensant les maladies professionnelles auquel son régime est affilié et son taux d’incapacité dépassant les 25 %, la caisse primaire d’assurance-maladie d’Ille et Vilaine a donc décidé à l’époque de saisir le CRRMP de Bretagne. Celui-ci est normalement composé de trois médecins experts : le médecin-conseil régional de la caisse ou son représentant, un médecin inspecteur du travail et de la main-d’œuvre et un professeur d’université-praticien hospitalier ou un praticien hospitalier.

*** La Timac nous a fait savoir qu’elle ne souhaitait pas commenter cette affaire dans nos colonnes, tant que la procédure n’était justement pas terminée et eu égard également à l’état de santé de M. Mian.

  1. JC Guillaume
    17 novembre 2011 11:43
    Je suis ingénieur en retraite, et j'ai été cadre à la Timac. Cette petite multinationale malouine a la gestion des ressources humaine qui est, pour moi, la plus médiocre, la plus rétrograde que l'on puisse trouver dans leur panier de crabes !... Je ne suis pas étonné de ce qui arrive à ce malheureux malade. Mais c'est David contre Goliath !